Historique - Point de vue politique & ecclésiastique
La religion catholique se développe sous l'empire romain, mais c'est semble-t-il, au IXe siècle, sous Nominoë (826-851) et ses successeurs Erispoë (851-857), Salomon (857-874), que vont se préciser les limites du diocèse de Nantes et que va prendre naissance l'archidiaconé du Pays de la Mée. Le problème est à l'origine politique ; dans cette zone de marche dont nous venons de parler, caractérisée par des conflits permanents et par la complexité, la précarité et le renversement des alliances, Nominoë, fin stratège qui a la confiance des Bretons et aussi celle de l'Empereur des Francs, Louis Le Débonnaire, auquel il doit tribut « dux in Britannia », qui sait composer, le cas échéant, avec les Normands, accorde son soutien à un moine breton Conwoïon, fondateur de l'abbaye de Redon, que l'Empereur approuve (834) ; c'est le début de la reconquête bretonne : des colonies s'installent au Nord de la Vilaine et dans la presqu'île de Guérande, colmatant ainsi la brèche ouverte aux invasions franques. Après la mort de Louis Le Débonnaire (840), l'empire carolingien se morcelle, l'un de ses fils, Charles le Chauve, reçoit la Francie Occidentale et, entre autres, la suzeraineté sur la Bretagne. Puis, Nominoë se décide à entrer en lutte ouverte contre Charles le Chauve, non sans avoir mis dans son jeu un allié puissant, le comte franc Lambert II, ce dernier n'ayant pu obtenir l'investiture du comté de Nantes que Charles le Chauve donne au poitevin Rainald. Le comte Lambert II et Erispoë, fils de Nominoë, battent les Francs le 24 mai 843 au combat de Blain ; le comte Rainald est tué ; mais les Nantais refusent l'usurpateur Lambert et certains prétendent même que ce dernier n'est pas étranger au massacre perpétué par les Normands à Nantes le 24 juin 843. Nominoë, au printemps 845, se permet quelques incursions dans le Pays de Rennes et de Nantes, voire même en Poitou et en Anjou. Malgré la défection du comte Lambert qui l'abandonne pour s'entendre avec Charles le Chauve, Nominoë remporte, sur ce dernier, une victoire tactique totale et imprévisible, fin juin, début juillet 845, à Ballon sur le territoire de l'Abbaye St-Sauveur de Redon. Le traité de paix qui suit (846) consacre l'indépendance de fait de Nominoë reconnu officiellement Duc de Bretagne et, donc la grande victoire historique de la Bretagne sur les Francs. La guerre reprend. Avec l'aide de Lambert réconcilié, Nominoë s'empare définitivement des Marches de Bretagne ; Rennes et Nantes sont prises en 850 ; ils envahissent l'Anjou et le Maine, atteignent Vendôme où Nominoë meurt brusquement le 7 mars 851. Notons qu'Erispoë bat Charles le Chauve au Grand-Fougeray le 22 août 851, réplique de la victoire de Ballon. Au traité d'Angers, Charles reconnaît à Erispoë le titre de roi, la possession des pays de Rennes, Nantes et Retz, mais surtout Actard est rétabli sur le siège épiscopal de Nantes. En 852, Erispoë s'empare du Comté de Craon où le comte Lambert s'était constitué une petite principauté indépendante ; son successeur, Salomon continue la même politique d'expansion et n'hésite pas à s'allier avec les ennemis de Charles le Chauve, y compris les Normands ; en ce qui concerne notre région, par le traité d'Avessac (25 mai 869), contre la promesse des Vikings de cesser leurs ravages, il donne à Hastein, le normand, la possibilité de se ravitailler et de s'établir en Bretagne, Bruno Renoult (4) n'hésite pas à dire : « C'est probablement à cette occasion que fut cédé aux Vikings le pays de la Mée, le pays du milieu, archidiaconé de Lamée entre Loire et Vilaine ». Ces longues mais indispensables considérations politiques qui fondent la Bretagne historique, ont des conséquences religieuses importantes. Pratiquement indépendant, Nominoë va essayer de réorganiser l'église bretonne, et grâce à Conwoïon, son ambassadeur particulier auprès du pape, il obtient le remplacement des évêques francs, accusés de simonie*, par des évêques bretons qui lui sont plus favorables ; en somme, il veut créer une métropole à Dol concurrente de celle de Tours. En 850, Nominoë remplace l'évêque de Nantes Actard par un prélat vannetais Gislard qui d'ailleurs, depuis 845, jouait le rôle de chorévêque (évêque rural) ou plutôt d'évêque franc-tireur à Guérande . L'évêque de Nantes qui ne veut pas se faire dépouiller de son diocèse obtient gain de cause, mais ne peut faire respecter les arrêts rendus en sa faveur ; les Guérandais l'ignorent ; par la suite, les territoires situés entre la presqu'île guérandaise, Fougeray, Châteaubriant, Candé se peuplent d'un fort élément breton et constituent, de fait, un évêché, ou si l'on veut, un archidiaconé sous l'autorité de Gislard jusqu'à sa mort et qui portera ensuite le nom d'archidiaconé de la Mée jusqu'en 1790 ; à cette date, l'archidiacre de la Mée avait sous ses ordres deux doyens : celui de St Jean de Béré pour le doyenné de Châteaubriant (qui avait vu, depuis 875, les communes de Pléchâtel, Messac, Bain-de-Bretagne, Ercée et St Sulpice, rejoindre le diocèse de Rennes) et celui de Nivillac pour la Roche-Bernard et le pays Guérandais. Ainsi, il n'est pas exagéré de dire que l'organisation ecclésiastique du pays de la Mée remonte à l'époque de Nominoë et du schisme breton. Merci à Serge Jouin...
Date de création : 16/11/2006 @ 20:42
Dernière modification : 17/11/2006 @ 12:20
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